French Ecopen 2022, vibrations de novembre
Trois mois après un Grand Prix de France particulièrement réussi sur le plan sportif mais aussi dans son organisation, la France recevait, ce week-end à Vitry-sur-Seine, un French Ecopen deuxième du nom.
Salle et configuration différentes, plateau sportif renouvelé, pas de Halle Carpentier et peu de représentants de l’équipe de France, mobilisés la semaine passée par les championnats du monde seniors au Mexique, ni même les meilleurs cadets et cadettes tricolores en lice aux championnats d’Europe à Malte, mais quelque trois cents athlètes tout de même pour ce G2 marqué par son engagement environnemental. Une compétition dense qui voyait la présence des Français Dylan Chellamootoo, Ismaël Bouzid, Estelle Vander-Zwalm, Mohammed Mendy et quelques internationaux de premier plan comme l’Espagnole Marta Calvo Gomez, 11e mondiale en -62kg, l’Ivoirienne Ruth Gbagbi, double médaillée olympique, double championne du monde, et actuelle n°2 mondiale des -67kg. Après la domination espagnole de l’an passé, l’or côté français pour Marie-Paule Blé, Adam Selmi et Omar El Yazidi, une présence coréenne toujours attendue, de quoi allait être marquée cette édition 2022 ?
La Corée frappe fort

Avec six titres chez les masculins, la Corée aura véritablement honoré ce rendez-vous de sa présence. Même quand ils étaient piqués au vif, ses combattants, solides sur leurs bases techniques et tactiques, reprenaient la maîtrise du combat lorsque c’était nécessaire. Un tir groupé d’une précision remarquable qui ne laissait pas beaucoup d’espace aux autres. Autant dire que l’or décroché par le spectaculaire Géorgien Zurab Kintzurashvili en -74kg, dans une catégorie haletante à l’image de sa demi-finale contre l’Espagnol Milan Canovas et la finale qui l’opposait au Marocain Zarhouti, a valeur de jolie perf’. L’autre titre décroché par un non Coréen ? Celui d’Issa Diakite en -58kg. À 23 ans, l’Ivoirien, triple médaillé aux championnats d’Afrique, restait sur une victoire à l’Open d’Israël. Il s’offre, à Paris, une sacrée journée conclue par une finale de folie remportée au bout du bout du troisième round face au Français Samuel Bedart, l’un des quatre finalistes français de la journée, l’autre fait marquant de la journée de samedi.
Quatre finales françaises

« J’étais pressé de combattre devant le public français et le club, car il n’y a pas tant d’occasions, posait ce dernier, pensionnaire de l’INSEP. Il a fallu être tout de suite dans le coup avec un Coréen solide, puis battre quelques Français pour montrer que j’avais ma place, suite à mon changement de catégorie en juin. Ce sont les étapes qu’il faut franchir pour prétendre voir plus haut. J’aurais évidemment aimé conclure sur l’or, et cela s’est joué à des détails. Je retiens quand même qu’après avoir été déstabilisé au premier round de cette finale, j’ai remporté le second et que tout s’est joué à rien du tout dans le troisième. » Un combattant de vingt-et-un ans qui sait ce qu’il veut. Plus expérimenté, Ismaël Bouzid ne se satisfaisait pas de sa finale en -80kg, tout en montant sur un podium qui lui faisait du bien. « C’est dommage, car ce combat était à ma portée, expliquait le quadruple champion de France et médaillé mondial juniors. Mais, après une longue blessure qui a duré un an, une reprise en avril et beaucoup de compétitions depuis, j’ai au moins la satisfaction de monter sur le podium dans un jour sans beaucoup de sensations. Bien finir l’année, c’est ce qu’il faut retenir avant un break, et un nouveau bloc de travail en début d’année qui doit m’amener à aller chercher une sélection pour les championnats du monde de Bakou en mai 2023. » Deux médailles d’argent masculines auxquelles il fallait ajouter celle du tout jeune Yassine Bouhajeb en -54kg. Plusieurs fois champion de Tunisie chez les jeunes, il a rejoint la France il y a un an, couvé par le GTA 93, son président Taoufik Kechiche, Kévin Maria et une certaine Gwladys Epangue sur la chaise toute la journée. « Ils m’apportent beaucoup, c’est comme ma famille », expliquait Yassine, après un beau combat en demie contre l’Australien Healy puis sa finale conte le Coréen Huichan Yang. Un parcours qui rappelait celui d’Adam Selmi sur ce même French Ecopen l’an passé. « Je sens que je progresse, j’ai confiance en ceux qui m’entourent et je sais que j’ai les moyens de faire quelque chose de beau. Pour moi, c’est clair : je veux devenir international français et participer aux Jeux olympiques. Je m’entraîne beaucoup pour cela. »
Causse, c’est solide

Chez les féminines, le tableau des médailles était beaucoup plus éclaté, à l’image de la victoire de la pile britannique Phoenix Goodman en -46kg face à la Coréenne Sua Park, du très beau parcours de la triple championne d’Afrique Marocaine Oumaima El Bouchti en -53kg, ou de l’or de l’Américaine Hannah Keck en +73kg. On pouvait aussi ajouter au bilan l’or de l’Allemande Halema Hadzic dans la catégorie inférieure et la journée quasi parfaite de la Canadienne Leonarda Andric, victorieuse en -62kg - comme en 2021 d’ailleurs -, elle qui battait notamment la toute récente médaillée mondiale britannique Powell en demie dans une attitude conquérante, à l’image d’une équipe canadienne qui terminait sa journée avec quatre médailles. Et la France ? Khalida Haddad en bronze en -67kg et Estelle Vander-Zwalm sur le podium des -73kg, c’est Estelle Causse qui se hissait le plus haut, en finale des -57kg. Partenaire d’entraînement impeccable de l’équipe de France cet été, la Lot-et-Garonnaise avait le sourire au sortir de sa journée. « L’or était peut-être à ma portée, et j’ai sans doute surestimé la Coréenne en finale, mais je suis vraiment heureuse de cette médaille d’argent. J’étais malade et je suis arrivée avec l’idée de tout donner sur cette dernière compétition de l’année. Sans doute avec moins de pression du coup… Depuis un an, je sens que je progresse et cela fait beaucoup de bien après pas mal de doutes dans les catégories de jeunes. Cela me rassure vraiment, prouve que c’est possible et cette première année seniors se termine donc très bien. »
Une Corée dominatrice à dix-huit médailles dont neuf en or, un taekwondo champagne dans de nombreuses demies et finales, dix médailles françaises (7 chez les masculins, 3 chez les féminines), cette édition 2022 n’aura pas manqué d’éclat.
Olivier Remy / Sen No Sen
