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Sparring-partners, indispensables dans l’ombre

Pour entraîner les athlètes de l’équipe de France para, les sélectionneurs ont fait appel à deux jeunes espoirs de l’INSEP. À la clé, une première expérience au plus haut niveau, et la fierté d’avoir contribué aux performances françaises.
7 septembre 2022
 

Pour eux aussi l’événement s’affichait comme une grande première. La récompense d’un long travail de sape. À l’occasion du premier Grand Prix de France, Oury Stantzman et son équipe ont fait appel à Herwan Onanga-Deleval et à Marzieh Hamidi. Taekwondoïstes en devenir, ils garnissent l’un comme l’autre les rangs du groupe France chez les valides, mais c’est au sous-sol du palais des sports Marcel-Cerdan de Levallois-Perret qu’ils ont échauffé les athlètes para pour me dernier jour du Grand Prix de France lundi. « À l’INSEP, nous nous entraînons chacun tour à tour avec les parathlètes, détaille le jeune taekwondoïste. Étant donné que je combats dans la même catégorie de poids que Bopha Kong (-58kg, NDLR), nos entraînements ensemble se sont multipliés, et j’y ai très rapidement pris goût. » Même son de cloche chez Marzieh Hamidi, partenaire d’entraînement de Djelika Diallo et de Zakia Khudadadi. « Nous sommes Afghanes l’une comme l’autre, même si nous nous connaissions peu auparavant. Depuis que nous sommes arrivées ici l’année dernière, le rapprochement a été naturel. Même si je ne peux pas encore combattre, participer à ma manière au premier Grand Prix de France a marqué une étape importante », souligne-t-elle. Un renouveau pour l’athlète réfugiée.

Le bénéfice de l’adaptation

Née en exil en Iran il y a vingt ans, c’est à seulement quinze ans que Marzieh Hamidi se passionne pour les arts martiaux. Une progression fulgurante, avec à la clé huit médailles, dont six en or lors des compétitions régionales et nationales organisées en Afghanistan, lui permet même d’intégrer l’équipe nationale d’Afghanistan en 2021. La même année pourtant, le retour du régime taliban et son traitement de répression extrême envers les femmes, symbolisé par l’interdiction du sport aux femmes la contraint à s’enfuir en France. « Servir de partenaire d’entraînement à deux catégories de poids différentes est relativement complexe (Zakia Khudadadi combat en -47kg tandis que Djelika Diallo s’exprime chez les -65kg, NDLR). Zakia présente une grande vivacité, tandis que les jambes de Djelika sont très grandes, et elle attaque sans cesse. Je dois m’adapter à ces caractéristiques, et bien sûr, cela perfectionne mes aspects technique et tactique », précise Marzieh Hamidi. Et Herwan Onanga-Deleval ? « M’entraîner avec Bopha Kong s’est avéré une bénédiction sur le plan physique. Comme les coups à la tête sont interdits en para, les frappes au corps se multiplient, et leur impact sur le "cardio" est immense. Dès mon retour en compétition, la différence a été notable », jure le médaillé de bronze des derniers championnats de France. Dur, mais payant, donc.

Rêves d’Olympe

Dans un coin de sa tête, pourtant, Herwan Onanga-Deleval songe à 2024. « Les JO, chaque enfant qui se met au sport en rêve, et forcément nous y pensons encore davantage lorsqu’un Grand Prix est organisé au même endroit deux ans auparavant, avoue le jeune homme de vingt ans. Personnellement, je vise davantage Los Angeles en 2028… Et même si je préférerais participer aux Jeux de 2024 en tant qu’athlète, contribuer comme partenaire d’entraînement de Bopha m’apporterait un énorme gain d’expérience. » Lorsque l’on connaît la pression que représente parfois une première participation à la grand-messe du sport, difficile de se passer d’une telle expérience aux côtés du paralympien Bopha Kong. Du côté de Marzieh Hamidi en revanche, on ne cache pas ses rêves de vivre la cérémonie d’ouverture depuis la Seine : « Évidemment, j’espère toujours participer aux Jeux olympiques de Paris, et plus encore lorsque je vois l’engouement du week-end dernier, sourit la taekwondoïste de vingt ans. Cependant, l’arrêt de pratique et de compétition que j’ai subi nécessite un travail important de ma part pour retrouver le niveau que j’avais acquis. » Dès cette semaine, Marzieh Hamidi et Herwan Onanga-Deleval ont retrouvé les tapis de l’INSEP, avec peut-être quelques clés supplémentaires pour éclore au plus haut niveau, et entretenir leurs rêves.

Propos par Olivier Remy / Sen No Sen