Point de passage validé pour les paras
Texte : Olivier Remy - Sen No Sen // Photos : Amandine Lauriol
Quatre engagées*, trois médailles dont deux finales, l’équipe para-taekwondo a réussi son Grand Prix à domicile. Bien sûr, il y a deux finales perdues qui ont fait rager, sur la chaise et même bien après pour la toujours très compétitrice Haby Niaré. Mais, au-delà des médailles, c’est une impression de solidité et de lucidité sur des combats qui auraient pu aussi basculer en faveur de l’adversaire qui va rester. De quoi construire. Le discours de Sophie Caverzan, en bronze en -57kg va dans ce sens. « C'est vrai que depuis les Jeux olympiques de Paris, le niveau a considérablement changé. C'est vraiment beaucoup plus costaud. Je suis assez contente de mon premier tour, parce que j'avais perdu, bêtement, contre cette fille (la Kazakhstanaise Dosmalova, NDLR) au dernier Grand Prix à Rome. C'était donc une obligation de remettre les pendules à l'heure. En demi-finale, je suis tombée sur la Brésilienne, qui perd très peu, mais j'ai joué mes cartes à fond, et même si je perds, je suis plutôt satisfaite de ma performance. Aujourd'hui, c'est une réalité : elle est encore meilleure que moi. Mais je sais que, petit à petit, je grappille, et je vais réussir à la battre, je le sais. »

« Changer de couleur ! »
Zakia Khudadadi, médaillée olympique 2024 sous la bannière des réfugiés et championne d’Europe pour la France – naturalisée il y a un an tout juste – a, de son côté, mis fin au bronze qui lui collait un peu trop à la peau. Et si elle ne saurait se contenter de l’argent, elle a conscience que quelque chose s’est peut-être débloqué ce soir. « Je suis contente de ma journée même si je me voyais aller chercher cette médaille d'or. En demie, je me suis dit : le bronze, on en a marre, il faut changer cette couleur ! Je n’ai pas assez travaillé pour l’instant sur la Mexicaine et peut-être que j’ai voulu être trop agressive pour faire trop vite la décision. Du coup, j’ai perdu un peu mon rythme sur cette finale, c’est énervant bien sûr, mais c’est une première médaille d’argent en Grand Prix, alors je la prends et je regarde déjà vers les championnats du monde en me disant que je switche maintenant sur l’or.»
Il a manqué un petit quelque chose à la vice championne paralympique Djelika Diallo pour remporter sa finale elle aussi et elle identifie clairement ce qui n’a pas fonctionné, elle qui n’a que 21 ans, rappelons-le. « C'était une bonne journée pour moi. J’ai eu un an et demi sans compétition à cause de ma blessure au dos et ce n’est que mon tournoi de reprise. Le processus de récupération a été un peu long quand même. Je suis un peu déçue, certes, parce que je voulais avoir la médaille d'or, mais je me suis donnée à fond, j'ai fait tout ce que je pouvais. J’ai beaucoup d’envie pour la suite… »
« Les moyens de bien travailler »
Pour chacune, mais aussi pour cette équipe d’un point de vue collectif, ce Grand Prix constitue donc une étape importante qui ne doit toutefois pas faire oublier l’essentiel, comme le souligne Louis Lacoste, directeur de la performance paralympique. « Chacune avait des objectifs précis. Et ils ont été atteints. Bien sûr, on finit avec deux finales perdues. Mais nos combattantes ont passé des caps. L’un d’eux était surtout de ne pas lâcher et elles sont allées au bout de chaque combat avec cet état d’esprit. Après, il nous manque quand même encore une marche à franchir. Face aux meilleurs, il faut commencer par se mettre à son meilleur niveau. Zakia comme Djelika ne l’ont pas été en finale et doivent progresser sur ça. Elles doivent prendre leur place. » Dans un contexte international de plus en plus compétitif, faut-il le préciser. « Effectivement, le niveau a considérablement encore évolué par rapport à Paris 2024. Les équipes étrangères s'étoffent en volume et ça s'intensifie en qualité. On voit aussi les équipes qui se structurent avec des staffs bien plus complets qu'auparavant. Le niveau s'élève de toute façon depuis Tokyo. Nous sommes davantage sur la qualité que sur le volume, plutôt dans le peloton de tête, mais encore en fin de peloton pour l’instant. L’objectif est d’aller chercher le haut de la hiérarchie avec les moyens qui sont mis à notre disposition. Nous avons ce qu’il faut grâce à l’aide de l’ANS et de l’Armée qui nous permettent d’avoir des entraîneurs nationaux à disposition. J’en profite d’ailleurs pour souligner la qualité, l’engagement et l’unité de ce duo Haby-Yasmina (Aziez) qui contribue énormément à cette dynamique. Nous sommes aussi tous ensemble à l’INSEP tous les jours, avec deux partenaires d’entraînement à plein temps. Tout cela doit nous permettre d’atteindre nos objectifs. » Les championnats du monde des 20 et 21 novembre à Muju, en Corée, arrivent vite, et ils seront suivis du Grand Prix final dans la foulée.
*Simone Thiero, engagée en +65kg, est battue en quart de finale en trois rounds par la Russe Savinskaia.
Résultats :
Femmes
K44 -47 KG : 1. Claudia Romero (MEX) - 2. Zakia Khudadadi (FRA) - 3. Lia Chachibaia (GEO) - 3. Nurcihan Ekinci Gul (TUR)
K44 -52 KG : 1. Ana Japaridze (GEO) - 2. Meryem Betül Çavdar (TUR) - 3. Marija Micev (SRB) - 3. Jessica García (MEX)
K44 -57 KG : 1. Silvana Mayara Cardoso Fernandes (BRA) - 2. Maria Eduarda Machado Stumpf (BRA) - 3. Sophie Caverzan (FRA) - 3. Gamze Ozcan (TUR)
K44 -65 KG : 1. Ana Carolina Silva (BRA) - 2. Djelika Diallo (FRA) - 3. Patrycja Zewar (POL) - 3. Secil Er (TUR)
K44 +65 KG : 1. Elena Savinskaia (RUS) - 2. Eleni Papastamatopoulou (GRE) - 3. Amy Truesdale (GBR) - 3. Jelena Rasic (SRB)
Hommes
K44 -58 KG : 1. Asaf Yasur (ISR) - 2. Sabir Zeynalov (AZE) - 3. Gustavo Czerniak (BRA) - 3. Tyemirbyek Khaulyet (MGL)
K44 -63 KG : 1. Mahmut Bozteke (TUR) - 2. Adnan Milad (ISR) - 3. Ebrahim Samqa (BRN) - 3. Joel Martín Villalobos (ESP)
K44 -70 KG : 1. Juan Diego García López (MEX) - 2. Valter Sedano Delfino de Oliveira (BRA) - 3. Shunsuke Kudo (JPN) - 3. Antonino Bossolo (ITA)
K44 -80 KG : 1. Nurlan Dombayev (KAZ) - 2. Joel Gomes da Silva (BRA) - 3. Zhanbolat Kaziyev (KAZ) - 3. Luis Mario Nájera (MEX)
K44 +80 KG : 1. Aliaskhab Ramazanov (RUS) - 2. Matt Bush (GBR) - 3. Adem Arda Ozkul (TUR) - 3. Bilal Iakhiaev (RUS)


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